Interview croisé de Jean Pierre Spitzer et Guillaume Klossa à l’occasion des Etats généraux de l’Europe

, par La Rédaction du Taurillon

Interview croisé de Jean Pierre Spitzer et Guillaume Klossa à l'occasion des Etats généraux de l'Europe

Le Mouvement Européen France et Europanova organisent aujourd’hui, à l’occasion de la fête de l’Europe, une grande journée de débat : la cinquième édition des Etats Généraux de l’Europe. Le Taurillon est fier d’être partenaire de ce grand évènement et publie aujourd’hui une interview croisé de Guillaume Klossa, président d’Europanova et Jean Pierre Spitzer, secrétaire générale du Mouvement Européen.

Le Taurillon : A 20 jours des élections européennes, pensez-vous que le débat public autour de l’Europe ait été suffisant ?

Guillaume Klossa : Compte tenu de l’élection municipale et du remaniement ministériel, l’actualité a largement été dominée par la politique nationale. Par conséquent, la campagne européenne a commencé très tard d’autant que la plupart des partis ont choisi tardivement leurs listes, si bien que la campagne ne commence véritablement que maintenant.

Bien sûr, la société civile s’est mobilisée depuis des mois mais avec à la fois la crise et un engagement parfois déficient de nos dirigeants, nos concitoyens n’avaient pas la tête au débat européen.

Par ailleurs, j’ai le sentiment que le débat, tel qu’il est porté par certains hommes politiques, prend une allure politicienne et opportuniste et ne porte pas sur les bons sujets. L’enjeu n’est pas comme certains le suggère de revenir à l’Europe des 6 et de sortir de Schengen mais de choisir ceux qui vont diriger l’Europe et qui doivent porter des visions de l’avenir de tous les européens.

L’enjeu est également d’écrire une nouvelle page de l’histoire de notre continent et de faire émerger comme je le suggère dans mon livre Une jeunesse européenne, une nouvelle génération de citoyens et leaders d’opinions européens conscients des défis communs. Serons-nous capables de mettre en œuvre une politique d’innovation à l’échelle du continent qui lui permettra de recréer une dynamique de croissance forte ? Quel avenir veut-on offrir aux jeunes européens ? Comment l’Europe peut définir et mettre en œuvre une politique étrangère digne de ce nom susceptible par exemple de répondre à la crise ukrainienne et d’éviter que des cas comparables se multiplient ? L’enjeu c’est bien l’avenir des européens pour les 5 années qui viennent.

Jean-Pierre Spitzer : Oui et non, du fait de la spécificité de ce scrutin où l’électeur est en grand déficit de connaissances sur le système institutionnel et donc sur le rôle du Parlement européen.

C’est pourquoi la réponse est négative sur la couverture média informative du temps long. Surtout dans notre pays génétiquement étatiste (voire même centralisateur) et révolutionnairement jacobin. indiscutablement, les débats sur les institutions européennes, si radicalement différentes des nôtres, et leur fonctionnement, sont très insuffisants. Egalement, et malgré tous les efforts pédagogiques que le ME-F peut entreprendre et conduit en permanence, l’Europe continue de ne pas intéresser les médias, lesquels lui reprochent de ne pas attirer les lecteurs.

Oui parce que les Français bénéficient tout de même d’une offre, à travers les médias, pour effectuer leur choix au moment des élections. Ce qu’on peut regretter, c’est que l’offre la plus facile et la plus relayée par les médias soit celle des extrêmes. Selon les eurosceptiques, l’Europe n’aurait rien fait pour ses citoyens, et ce depuis 1957. Or c’est cette Europe qui a pourtant fait croître de manière extraordinaire les pays de l’Est et du Sud, sans oublier l’Irlande.

Le Taurillon : La grande nouveauté de ces élections est la présentation par les divers partis d’un chef de file, candidat à la présidence de la Commission. Pensez vous que cela aura un impact sur l’abstention ?

Guillaume Klossa : C’est une formidable nouvelle que les grands partis aient choisi de désigner des candidats à la présidence de la Commission européenne. Cela permet une incarnation nécessaire au débat européen, à ce que l’Europe devienne plus concrète pour les citoyens Et je me réjouis également des nombreux débats télévisés qui ont lieu entre les têtes de liste et qui suscitent un véritable intérêt auprès de l’opinion. Mon inquiétude est que la campagne soit partie trop tardivement pour que nos concitoyens aient véritablement le temps de se mobiliser sur les sujets européens. Le fait que la campagne soit courte, malgré cette innovation majeure, ne joue pas en faveur d’une réduction massive de l’abstention.

Jean-Pierre Spitzer : En tout cas je le souhaite parce que pour la 1ère fois les citoyens ont un vrai pouvoir de décision concernant la désignation du Président de la Commission. Les débats sont retransmis, permettant à tous de suivre et connaître les programmes de chacun des candidats. Ainsi, les citoyens participent au débat à un niveau européen, et non pas seulement à partir de listes et de considérations nationales. J’espère donc sincèrement que cela aura un impact. En revanche, il ne faudra pas créer de frustrations : il est fondamental que le Conseil européen ne puisse pas contourner cette nouvelle disposition en imposant son outsider.

Le Taurillon:Comme on a pu le voir à propos du débat du 25 mai prochain, les médias ‘traditionnels’, sont peu enclins à communiquer sur le sujet européen. Comment l’expliquez vous et quelles solutions alternatives s’offrent à la société civile ?

Guillaume Klossa : Mon sentiment est que sur cette campagne, les médias y compris les médias traditionnels sont plus mobilisés que pour la campagne précédente en particulier celle de 2009. Mais cela n’est sans doute pas suffisant. Pour qu’une vraie mobilisation se fasse, il faut que les têtes de liste aient le temps de mener une véritable campagne continentale qui a mon sens doit commencer plusieurs mois avant les élections. La société civile a incontestablement un rôle à jouer et elle doit se mobiliser collectivement. C’est pourquoi j’ai lancé en 2006 l’idée des Etats Généraux de l’Europe qui mobilisent plus de 60 associations et qui créent une véritable dynamique de débat à l’échelle nationale. Les moyens de la société civile restent bien trop limités aussi bien humainement que financièrement et il est urgent de pallier ce manque de moyens.

Jean-Pierre Spitzer : Il faudrait développer des séries d’émissions qui permettent aux citoyens de découvrir que l’Europe, et son fonctionnement, ne sont pas si compliqués que ça. Il est indiscutable que nous sommes confrontés en permanence aux attaques eurosceptiques contre la bureaucratie bruxelloise. Or, cette bureaucratie n’est rien d’autre que la réunion de toutes les bureaucraties des Etats membres, puisque c’est le Conseil des Ministres qui décide à 80%. Or le ME-F remplit cette mission de pédagogie depuis longtemps. Il édite par exemple des livrets expliquant qui fait exactement quoi et où ; cependant la société civile, malgré ses efforts de pédagogie auprès du grand public, reste impuissante si elle n’est pas relayée par les médias dont l’impact est plus large. Alors que faire ? J’y vois deux solutions : soit les médias et le gouvernement acceptent de remplir cette mission de pédagogie ; soit que ce dernier permette à la société civile de le faire en lui octroyant les moyens nécessaires.

Le Taurillon : Qu’attendez vous de la journée de débat organisée aujourd’hui ?

Guillaume Klossa : Les Etats Généraux de l’Europe sont un moment important car c’est une occasion unique pour tous ceux qui croient en l’Europe de se rencontrer mais aussi pour nos concitoyens d’avoir un contact direct avec ceux qui porteront la voix de l’Europe au Parlement européen. Je me réjouis donc de cette journée de travail qui est le résultat d’une dynamique collective de plusieurs mois.

Jean-Pierre Spitzer : c’est une très bonne initiative. C’est le seul endroit où l’ensemble de la société civile qui milite pour la construction européenne peut se réunir, débattre, et essayer de médiatiser (avec les difficultés qu’on connaît) les idées qui auront été débattues pendant cette longue journée. C’est donc un évènement qu’il fallait créer, et dont il faudra assurer la meilleure diffusion médiatique possible.

Vous pourrez suivre l’évènement en direct depuis le conseil économique et social, participer et débattre librement sur les thèmes abordés tout au long de la journée du 9 mai. Toutes les infos dévoilées sont accessibles sur http://www.etats-generaux.eu

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